
Régulièrement, des médias grand public relayent une information surprenante : 99 % du trafic Internet mondial passerait par les câbles sous-marins.
Des câbles de télécommunication sous-marins
Depuis la deuxième moitié du XIXe siècle, des câbles de télécommunication ont été installés au fond des mers et des océans pour simplifier et accélérer les communications longues distances. Ces câbles servaient d’abord pour le télégraphe, puis pour le téléphone, et aujourd’hui pour l’Internet.
D’après TeleGeography, on compte aujourd’hui plus de 600 câbles sous-marins, actifs ou planifiés, pour un total de plus de 1,48 million de kilomètres, de quoi faire 37 fois le tour de la Terre au niveau de l’équateur ! Ces câbles, souvent la propriété d’opérateurs télecom ou des GAFAM, sont un maillon essentiel du réseau Internet que nous utilisons au quotidien.
Mais à quel point en sommes nous dépendants exactement ? Est-il vrai que plus de 99 % du trafic Internet mondial dépend de ces câbles ?
Vrai…
Regarder une vidéo hébergée aux État-Unis depuis l’Europe, envoyer un mail au Japon, ou chatter avec l’Australie ; les données échangées lors de ces actions passeront toutes par des câbles sous-marins. En effet, pour le trafic Internet intercontinental, impossible de passer par les terres. 2 options sont alors possibles : passer par les airs, ou par la mer. En d’autres termes, utiliser des satellites de télécommunication ou des câbles sous-marins. Et 99 % du temps, c’est bien par les câbles sous-marins que passe ce trafic.
Un rapport de la commission fédérale des communications des États-Unis datant de 2013 a ainsi mis en avant que les satellites de télécommunication ne représentaient que 0,37 % de la capacité internationale totale des États-Unis. Et plus récemment, Alan Mauldin, directeur de recherche à TeleGeography, a présenté une étude(1) confirmant ces résultats. Cette étude montre que si on additionne les capacités réseau de tous les câbles sous-marins et de tous les satellites de télécommunication, en se basant sur les projection de capacité pour 2026, les câbles sous-marins représentent plus de 99 % de cette capacité. Et ce n’est pas surprenant quand on sait que les câbles permettent une connexion plus stable, moins chère et avec moins de latence par rapport aux satellites. Ces derniers, et notamment les constellations comme Starlink dont on entend de plus en plus parler, sont plutôt utilisés pour couvrir des zones très isolées, des régions maritimes, ou dans des situations d’urgence, en cas de catastrophe, de guerre ou d’instabilité.
… et Faux !
Mais alors, est-ce que nous utilisons les câbles sous-marins 99 % du temps lorsque nous envoyons un mail, chattons, streamons ou surfons sur le web ? Et bien non ! Il y a en effet une nuance entre le trafic Internet intercontinental et le trafic Internet mondial total. En lisant cet article de blog depuis la France par exemple, les données ne circulent pas par un câble sous-marin, car le site de Koevoo est hébergé en France. Et c’est un cas assez courant car les contenus les plus consultés sur le web sont souvent hébergés localement ou distribués via des CDN (content delivery network, ou réseau de diffusion de contenu en français).
Mais alors quel pourcentage du trafic Internet mondial total passe réellement par des câbles sous-marins ?
Difficile à dire, mais une étude de 2020(2) a creusé la question pour le trafic web mondial (donc une sous-partie du trafic Internet mondial). Les chercheurs ont listé les 50 sites web les plus consultés par pays pour 63 pays du monde. Pour chacun de ces sites et dans chaque pays, ils ont localisé d’où provenaient les données et ont ainsi pu déterminer si elles transitaient par un câble sous-marin. Les résultats sont très variables d’un pays à l’autre et en fonction de la situation du pays. Sans surprise, les pays insulaires dépendent plus que les autres des câbles sous-marins avec une moyenne de 42,7 % du trafic analysé qui passe par les câbles sous-marins contre 16,25 % en moyenne pour les pays sans aucune côte et 22,98 % en moyenne pour les autres pays.
On est loin, donc, des 99 % du trafic total.
Réflexion géopolitique
En Europe, l’Internet au global n’est donc pas dépendant des câbles sous-marins pour fonctionner. Nous l’aborderons dans un prochain article, même si tous les câbles venaient à être coupés, les ressources clés de l’Internet (le DNS et le protocole BGP) fonctionneront toujours. La dépendance aux câbles sous-marins n’est donc pas une question binaire.
Une coupure de câble sous-marin a cependant un impact direct sur le nombre d’accès simultané possible à un service hors du continent. Un tel événement provoquerait plus de temps de réponse sur certains services. Selon le cas, ce peut être une identification qui pourrait échouer une fois sur 2, des vidéos que l’on n’arriverait plus à bien voir, des données qui deviendrait difficiles à récupérer.
Le risque de coupure de câbles sous-marin révèle dès lors plus un sujet de dépendance à des services hébergés sur d’autres continents. Certains services à 99% européen peuvent devenir inutilisable si un élément de l’architecture (exemple la vérification que vous êtes un humain) n’est plus joignable.
C’est la raison pour laquelle on parle de plus en plus de ces câbles ces derniers temps, car ces infrastructures sont un enjeu stratégique majeur et sont des cibles d’espionnage et de sabotage privilégiées dans un contexte de tensions géopolitiques(3)(4)(5)(6).
NB : Cette identification des dépendances et des risques est le point clé de toute bonne analyse de souveraineté / résilience / robustesse / autonomie que vous devez attendre d’un audit comme ceux que Koevoo réalise.
💡 Astuce !
Il est possible d’explorer tous les câbles sous-marins utilisés aujourd’hui grâce à la carte intéractive proposée par TeleGeography.

(1) Mauldin, A. (2023), presentation at SubOptic.
(2) Liu, S., Bischof, Z. S., Madan, I., Chan, P. K., & Bustamante, F. E. (2020, October). Out of sight, not out of mind: A user-view on the criticality of the submarine cable network. In Proceedings of the ACM Internet Measurement Conference (pp. 194-200).
(3) Le Monde, 11/08/2025
(4) TF1 Info, 27/08/2025
(5) Le Point, 10/09/2025
(6) Franceinfo, 06/06/2021
©Photo de couverture honestcable.com ; TeleGeography submarine cable map, 2025